Le 11 juillet 2006, 57 pays africains et européens ont signé la Déclaration de Rabat et son Plan d'Action, fondant par cet acte ledit
<< Esprit de Rabat >>. La valeur de la déclaration politique réside essentiellement dans sa vision holistique de la migration et dans la reconnaissance explicite qui a fait de la réalité migratoire euro-africaine un phénomène complexe qui requiert la collaboration étroite de tous les acteurs impliqués.
Les contenus de la Déclaration de Rabat ont marqué une étape dans le traitement politique de la question migratoire dans le cadre multilatéral, car ils insistent sur l'opportunité de disposer d'une approche équilibrée, globale et cohérente de la gestion migratoire, qui comprenne des mesures visant à lutter contre l'émigration illégale et exploite les bénéfices de la migration légale par le biais du renforcement de la coopération intergouvernementale. L'approche globale adoptée indique que les États signataires sont ouverts à élargir des termes du débat migratoire, chargé des éléments de sécurité et de contrôle, et à le mener vers de nouveaux domaines de concertation et de gestion partagée. Le tout sous la reconnaissance implicite du fait que nous nous trouvons face à un phénomène qui, de par ses caractéristiques, exige une
approche coordonnée et intégrale qui réponde aux causes profondes de l'émigration contemporaine. L'esprit de
coresponsabilité et l'ampleur des regards qui animent le Processus de Rabat cherchent à laisser derrière eux l'unilatéralité de la gestion migratoire et à forger un nouveau domaine de coopération active et systématisée sur ce plan. L'Esprit de Rabat est l'élan donné à une nouvelle vision sur la
migration et sa relation avec les processus de développement comme pilier d'une stratégie de longue haleine qui fera des flux migratoires des mouvements véritablement libres, bénéfiques et ordonnés.
En deux ans seulement, cet esprit a parcouru l'Europe avec un grand succès et une belle vigueur, obtenant des progrès importants et consolidant ce processus comme un axe de référence important dans la gestation de mécanismes et structures de règlementation au niveau international.
La
Fondation Internationale et pour l'Amérique Latine d'Administration et de Politiques Publiques (FIIAPP) coordonne le projet pour en faire un instrument utile au service des États participants. Il vise à mettre en commun la connaissance et les techniques les plus efficaces pour la gestion migratoire par le biais de l'échange de bonnes pratiques et le renforcement des capacités institutionnelles des pays d'origine. Cette approche est cohérente avec les nouvelles priorités en matière de coopération internationale, car elle favorise l'appropriation nationale et l'alignement des actions entreprises avec les politiques et stratégies nationales de développement et de lutte contre la pauvreté.
Compte tenu des progrès obtenus et des défis qu'il reste à relever, la création d'une structure supranationale de règlementation des Migrations apparaît comme étant le grand challenge de l'avenir : un organe démocratique et participatif qui établisse une doctrine commune et intégratrice autour de la migration et du développement, constituant ainsi ce que l'on pourrait appeler
gouvernance migratoire. Un espace où sont définis un ensemble de normes, principes et procédures d'observance générale visant à donner une orientation légale, sûre et prévisible aux mouvements des personnes. Une instance qui reconnaisse et protège la valeur des migrations comme élément de développement et qui valorise le travail des émigrants comme agents transformateurs et dynamisants des économies d'origine et de destination.